La double vie des Capus

Genèse du double

“ Lorsque j’étais petite fille, je m’étais inventée un être imaginaire que j’avais appelé Goïk, une sorte de gorille, tantôt ami protecteur tantôt ennemi menaçant, avec qui je devais sans cesse dialoguer pour dompter mes angoisses d’enfant. Angoisses de la solitude, du silence, de l’obscurité et de l’appréhension du monde des adultes.
Dans les conversations que j’entretenais avec cet être tout à la fois étrange et familier, s’exprimaient mes pensées les plus interdites ou mes fantasmes les plus irréalisables. Devenue adulte, Goïk fait tout simplement partie de moi. Il est le double apprivoisé avec lequel je continue de négocier pour apaiser les conflits entre mon imaginaire et la réalité, pour me permettre d’être au monde et à moi-même, et poursuivre ainsi mes rêveries éveillées à travers mon travail de portraitiste. ”

Mélanie Gribinski extrait de La double vie des Capus, éditions Le Castor Astral

La double vie des Capus est un projet photographique, sonore et éditorial imaginé par la photographe Mélanie Gribinski.

Le marché des Capucins, dit « les Capus », est le plus populaire des marchés de Bordeaux. Certains commerçants ont une vie artistique, une existence dont la part intellectuelle, sensible et créative les nourrit tout autant que les nourrit leur activité rémunératrice au sein du marché.

Rassemblés dans cet ouvrage, six diptyques photographiques révèlent deux portraits de la même personne : le commerçant sur son lieu professionnel et le créateur dans sa vie intime et onirique.

Pierre est caviste. Il joue du piano et écrit des poèmes.
Soraya est volaillère. Elle a été journaliste pendant vingt ans et écrit des chansons.
Juan est restaurateur. Il fait de la peinture et écrit des poèmes.
Nicole est marchande des quatre saisons. Elle a joué dans une pièce de théâtre.
Sylvain est primeur. Il fait de la sculpture.
Damien est serveur. Il est transformiste.

Les entretiens menés avec chacun tentent d’évoquer la nécessité plus ou moins consciente de réserver un temps à sa propre créativité et un espace pour l’exprimer, que celui-ci se situe sur la scène collective ou sur la scène intérieure.

Cinq artistes et auteurs ont été sollicités pour intervenir dans ce livre sur la question du double. Ils se sont inspirés du marché et de ces six commerçants/créateurs pour créer une œuvre littéraire, picturale ou musicale.
Claude Chambard est poète. Jo Brouillon est artiste peintre. Delphine Gleize est réalisatrice. Joseph Doherty est compositeur, arrangeur, chanteur et multi instrumentiste. Agnès Doherty est contrebassiste, chanteuse et compositrice.

L’exposition photographique qui accompagne cet ouvrage est présentée au marché des Capucins du 6 au 19 septembre 2014.
L’inauguration a lieu le 6 septembre 2014 à 12h30, dans le marché, avec la présentation de la mise en scène de Nunc est bibendum de Joseph Doherty, suivie de Chants pour chœur de marché d’Agnès Doherty accompagnée de la chorale des Petits Grains et enfin, la projection du film du vidéaste Stéphane Abboud, Un regard sur la double vie des Capus.

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Damien Willem © Mélanie Gribinski

La double vie des Capus, Mélanie Gribinski, Le castor astral. 64 pages – 19 €

Mélanie Gribinski est photographe et portraitiste. La fréquentation, depuis l’adolescence, de photographes tels que Reza, Sebastião Salgado, Sarah Moon et Gisèle Freund renforce sa préférence à photographier les êtres humains afin de capter ce qui les habite. Elle se spécialise alors dans le portrait à la chambre 20 x 25 et, en 1993, réalise sa première série, “50 portraits de psychanalystes” ; suit, en 1997, une seconde série sur des poètes et des photographes. Est alors demandé à chacun d’apporter une contribution personnelle pour que prennent forme un portrait-poème, un portrait-autoportrait ou un portrait-réflexion.
De cette interaction singulière entre la photographe, le sujet photographié, la manière dont ce dernier perçoit sa propre image et la manière dont il souhaite la poser au monde en y ajoutant son “intervention”, émerge une narration.Elle poursuit cette ligne en 2009, avec l’exposition “Livrez-vous !”, réalisée et présentée dans la librairie Mollat, à Bordeaux. Consacré aux lecteurs, le projet consiste à les photographier in situ, avec un ouvrage important pour eux. Pour la première fois, cette série est accompagnée de témoignages audios sur l’histoire du choix fait par chacun.

Mais, c’est avec le projet “Paroles d’éditeurs”, en 2012, qu’elle réunit ce qui semble être désormais sa signature : un travail photographique et sonore. Afin de rendre hommage à la créativité et à l’engagement de six éditeurs aquitains – et pour s’en approcher encore plus près -, elle crée pour chacun d’eux un portrait sous forme de salon d’écoute. Photographies, entretiens avec casques audios et catalogues composent un ensemble indissociable ; le récit peut ainsi se déployer.

C’est donc à une “geste” iconographique que nous sommes chaque fois conviés. Mélanie Gribinski met en scène la parole et, ce qu’elle cherche à transcrire, par l’entremise du révélateur, c’est la voix intérieure afin d’y voir, peut-être, la rencontre entre soi et son double, entre soi et une dualité inhérente… La quête de l’unité et du point d’équilibre en somme.

Nathalie André

Merci à Olivier Vieillefond des prises de son et du montage des entretiens avec les commerçants, à Stéphane Abboud de son regard sur le processus de ce travail, à Joachim Gatti de son accompagnement administratif.

Merci à Michèle Laruë-Charlus de sa confiance.

Merci à Donatien Garnier, à Dominique Clerc, à Nathalie André, à Elsa Gribinski et à Michel Gribinski de leur relecture.

Merci à Fabrice Perrinel de la création du site internet dédié à La double vie des Capus.

Merci aux partenaires qui ont soutenu ce projet : Agora, biennale d’architecture, d’urbanisme et de design de Bordeaux, à la Direction Générale de l’Aménagement de la ville de Bordeaux, au Groupe Géraud, responsable du marché des Capucins, à Matthieu Rouffineau, ostréiculteur sur le marché.

Les entretiens